Depuis que je fais de la microscopie, j'ai une sorte de frustration -> une photo ne peut jamais montrer tout ce que l'on peut voir.

Par exemple, pour le sujet qui m'occupe en ce moment durant des heures, avec les lames minces de roches, en lumière polarisée analysée, vous avez un festival de formes, de couleurs, à faire pâlir d'envie n'importe quel vitrail. Seulement, si vous posez votre objectif au-dessus d'un endroit, vous n'aurez qu'un échantillon et vous ne connaitrez pas la merveille qui est juste à côté.
Comme je suis aussi incapable de choisir le bon endroit - je ne suis pas un artiste et je n'ai aucun goût (c'est ma femme qui m'habille) - je me suis lancé dans des prises de vue panoramiques, couvrant tout ou partie de la lame.

L'aventure a commencée en "full manuel". On met les yeux derrière les oculaires, on utilise un éventuel "graticule" et on déplace la lame grâce à la surplatine, en faisant en sorte que l'on ait un certain recouvrement et en comptant, combien d'image vers la droite, puis on décale vers le haut ou vers le bas et on repart dans l'autre sens, en recomptant...
J'ai fait ça pendant des mois. Les photographies de ce site, consacré à l'histologie végétale, ont entièrement été réalisées par ce procédé... le comptage en moins puisqu'il y avait des bords délimitant le sujet. Pour les lames de roches, quand je voulais couvrir entièrement la lame, j'arrivais plusieurs centaines de clichés, même en prenant les plus faibles grossissements. Je suis patient, mais à certains moments, on a envie d'arrêter.
Tout de même, pour vous donner un exemple de l'intérêt de cette technique, voici une image.

3281-LPNA-extract.jpg
Un sable quasiment constitué que de tests de Foraminifères (don de Jacques Lapaire - nous aurons l'occasion d'en reparler). Ce sable a été mis en lame chez Lithologie Bourgogne et quand je le prends en photo au 4x, avec un projectif de 2,5x sur capteur APS, vous noterez qu'on ne voit pas tout.
Environ 400 clichés plus tard, après pas mal de travail à l'ordinateur. Il faut de la RAM et de la puissance...

3281-LPNA-small.jpg

Quand l'assemblage est terminé, le fichier peut dépasser les 100.000 pixels de large, un petit calcul rapide : 100.000/250 * 0,0254 = 10 m à 250 dpi (alors qu'au départ, la lame fait 30 mm de large). Photoshop ne veut pas trop travailler avec des images supérieures à 30.000 pixels, à moins d'enregistrer au format ".psb" et là, ça prend des dizaines de Go sur le disque dur. J'ai déjà "cramé" un iMac par abus de pano géants (machines très silencieuses, mais les modèles en plexy blanc se refroidissent moins bien que les alu), alors si en plus il faut que j'achète des DD de xx To pour stocker des panoramas impossibles à travailler... Je réduis à 30.000 pixels de large, les fichiers ne font plus que de 100 à 400 Mo - lol - et de 1 à 3 Go quand on les ouvre - relol.
J'ai un iMac alu i5 quatre coeurs, 12 Go de RAM. Je bosse la plupart du temps avec des calques... plus on met de calques, plus c'est lourd. Certaines opérations prennent quelques dizaines de secondes. Ca reste viable, mais si en plus, je suis pris xx minutes sur le microscope, ça devient intenable. Il fallait donc que je trouve des automatisations.
Grâce à la machine présentée dans "50 nuances de fredlab", je n'ai plus que quelques clics à faire pour lancer le panorama. Ce dernier s'exécute de façon précise, ce qui facilite le travail d'assemblage.


Le processus est long, mais pendant ce temps, je tape des billets sur le blog, ou je vais désherber le jardin.

Nous verrons dans un billet ultérieur comment visualiser une image de 30.000 pixels de large sur un écran à 1.920 pixels.

Merci de m'avoir lu, n'hésitez pas à mettre des commentaires.